L’Iran achève la construction d’un système de surveillance numérique totale

13

Au cours du mois dernier, le gouvernement iranien a démontré sa capacité à déconnecter complètement le pays de l’Internet mondial tout en réprimant les manifestations par une force meurtrière. Cet arrêt, bien que son exécution semble chaotique, révèle l’aboutissement de plus de 15 années de développement systématique vers un contrôle numérique total : un intranet national fermé connu sous le nom de Réseau national d’information (NIN) associé à des capacités de surveillance de plus en plus raffinées.

Pendant des années, Téhéran a imposé un filtrage d’Internet, des couvre-feux et des coupures d’électricité pour apaiser les troubles. Cependant, la récente fermeture a été particulièrement brutale. Les chercheurs notent que le gouvernement a accidentellement paralysé le NIN lui-même au cours du processus. Cela soulève la question de savoir si les mécanismes de contrôle du régime sont aussi fiables qu’on le croit ou si la fermeture était une réaction impulsive et excessive à l’escalade des protestations. Le fait que même les infrastructures contrôlées par l’État aient échoué est significatif, soulignant la fragilité d’un système construit pour un contrôle absolu.

Le NIN et la Surveillance Totale

L’objectif du gouvernement iranien est clair : créer un environnement numérique où toutes les activités en ligne sont surveillées. Les rapports de Holistic Resilience montrent que le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) possède ou contrôle pratiquement toutes les infrastructures de télécommunications. Cela leur permet d’accéder à toutes les données du NIN, y compris les communications, l’historique de navigation et même les modèles de comportement.

Il ne s’agit pas seulement de traquer les dissidents. Le gouvernement met en place une « surveillance du mode de vie », un système conçu pour surveiller la vie quotidienne des citoyens grâce aux réseaux de vidéosurveillance, à la reconnaissance faciale et aux applications de collecte de données. Les lois et réglementations iraniennes soutiennent activement cette surveillance, avec l’aide de pirates informatiques affiliés à l’État et d’entreprises disposées à coopérer.

Le NIN était destiné à fournir des services spécifiques à l’Iran tout en rendant plus difficile la sortie des informations du pays. Sa conception isolationniste empêche les connexions extérieures. Pourtant, la récente fermeture a prouvé que même ce système est vulnérable. Pendant la panne, les sites Web gouvernementaux et les services nationaux étaient hors ligne, tout comme les lignes fixes et les cartes SIM.

L’avenir de la connectivité iranienne

Alors que la connectivité est partiellement rétablie, le régime semble s’orienter vers un système de « liste blanche », restreignant l’accès aux organisations, sites Web et applications approuvés. Les médias d’État ont déjà publié des listes de services autorisés sur le NIN, transformant ainsi l’accès à Internet en un privilège accordé par le gouvernement.

Les conséquences à long terme sont graves. L’Iran pourrait se déconnecter définitivement de l’Internet mondial, isolant ainsi davantage sa population tout en renforçant le contrôle interne. Ou bien, le système pourrait s’effondrer sous son propre poids, comme le suggère le récent arrêt chaotique. L’imprévisibilité de la situation rend difficile l’évaluation des véritables intentions du régime.

« Quand vous déconnectez absolument tout, même les gens qui ne veulent peut-être pas descendre dans la rue, parce qu’ils ne peuvent plus voir ce qui se passe simplement assis chez eux », a expliqué un chercheur du Projet Ainita.

En fin de compte, à mesure que les Iraniens retrouvent une connectivité limitée, ils reviennent à un environnement de surveillance plus intrusif que jamais. Le gouvernement iranien a réussi à construire un panoptique numérique, et la question est désormais de savoir s’il peut maintenir le contrôle sans détruire complètement le système.